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La Grande Dépression, dite aussi « crise économique des années 1930 », est la période de l'histoire mondiale qui va de la fin de 1928 en passant par le krach de 1929 aux États-Unis jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

Précédée par la puissante expansion des années 1920, c'est la plus importante dépression économique du xxe siècle, qui s'accompagna d'une importante déflation et d'une explosion du chômage et poussa les autorités à une profonde réforme des marchés financiers.

Le jeudi Noir.

Après le krach du 24 octobre 1929, aux États-Unis, l'un des problèmes principaux était, qu'avec la déflation, une même somme d'argent permettait d'acquérir de plus en plus de biens au fur et à mesure de la chute des prix. Dans ces conditions, les agents économiques ont individuellement intérêt à :

  • attendre le plus possible avant d'acheter : la consommation chute.
  • garder leurs biens sous forme de monnaie plutôt que d'actifs productifs : l'investissement chute.

L'effet du krach de 1929 sur la Grande dépression a fait l'objet d'analyses diverses. Pour Paul Samuelson il n'est qu'un des facteurs, facteur d'ailleurs « fortuit », qui ont conduit à la Grande dépression1. Pour Rose et Milton Friedman ce n'est pas un élément important dans la survenue de la Grande Dépression qui pour eux a été provoquée par une politique monétaire inadéquate.

Crise boursière et bancaire.

La population entre dans un cercle vicieux destructif, qui durera plusieurs années. La chute se traduit aussi dans les cours de bourse : l'indice Dow Jones perd pratiquement 90 % entre son plus haut de 1929 et son plus bas en 1932. Dans l'éclatement de la bulle spéculative, trop de plans d'investissements se sont avérés insolvables, voire frauduleux. La crise boursière dégénère très vite en crise bancaire. Prises en tenaille entre l'effondrement de la valeur de leurs actifs (parfois trop engagés dans des affaires douteuses, mais même des entreprises honorables et solides sont massacrées3), les défauts de remboursement de leurs emprunteurs, et la réduction de leur activité de crédit, des banques font faillite au premier faux pas et finalement le système bancaire s'effondre. Avec la déconfiture du système bancaire, et la population s'accrochant au peu de monnaie qu'elle possédait encore, il ne resta pas assez de liquidités sur le marché pour qu'une quelconque activité économique puisse inverser la tendance.

En 1933, la production industrielle américaine avait baissé de moitié depuis 1929. Entre 1930 et 1932, 773 établissements bancaires firent faillite, ce qui va faire augmenter de manière conséquente le taux de chômage chez les ouvriers. Aux États-Unis, le taux de chômage augmente fortement au début des années 1930 : il atteint 9 % en 1930. Le pays compte quelque 13 millions de chômeurs en 1932. En 1933, lorsque Roosevelt devient président, 24,9 % de la population active est au chômage6 et deux millions d’Américains sont sans-abri.

Les manifestations de la faim se multiplient. En mars 1930, 35 000 personnes défilent dans les rues de New-York. En juin 1932, les anciens combattants réclament le paiement des pensions à Washington, D.C. : ils sont violemment délogés par les soldats. Une grande grève dans le secteur du textile éclate en 1934. Dans les campagnes, la situation économique se dégrade, notamment à cause de la sécheresse et du Dust Bowl (1933-1935). En 1933, la diminution de 60 % des prix agricoles affecte durement les agriculteurs (effet ciseaux). La ruine des fermiers des Grandes Plaines poussent des milliers de personnes à s'installer dans les États de l'Ouest. Face à la misère qui grandit, l'influence communiste progresse dans les milieux populaires.

Hors des frontières.

La diffusion de la crise se fera par deux canaux. Comme les banques américaines ont alors des intérêts dans de nombreuses banques et bourses européennes et qu'elles rapatrient d'urgence leurs avoirs aux États-Unis, la crise financière se propage progressivement dans toute l'Europe. Parallèlement, les échanges économiques internationaux subissent de plein fouet d'abord le ralentissement qui commence aux États-Unis, ensuite l'effet négatif des réactions protectionnistes, d'abord des États-Unis, puis de tous les autres pays quand ils sont touchés à leur tour ; la France et le Royaume-Uni effectuent un recentrage sur leurs colonies, mettant au point la « préférence impériale », interdite lors de la Conférence de Berlin (1885) mais à nouveau pratiquée après 1914. Les relations économiques étant à l'époque bien moindres qu'aujourd'hui, ces répercussions mettent quelques mois à se manifester : ainsi la France est touchée à partir du second semestre de 1930, soit six mois plus tard. L'Italie fasciste est touchée à partir de 1931. Dans Tintin en Amérique, Hergé ne consacre qu'une image à la crise, de façon très anecdotique.

Les réactions gouvernementales en Europe ne sont pas plus adéquates qu'aux États-Unis. En France la crise est aggravée par les mesures déflationnistes (baisse des prix et des salaires) des gouvernements Tardieu et Laval, malgré le lancement de grands travaux (dont l'électrification des campagnes). En Allemagne, le taux de chômage atteint plus de 25 % de la population active en 1932, alimentant désillusion et colère de la population. C'est notamment en promettant de juguler la crise qu'Adolf Hitler parvient au pouvoir le 30 janvier 1933. En Espagne, la crise économique coïncide avec l’arrivée du Front populaire au pouvoir et aggrave les tensions politiques qui menèrent à la guerre civile de 1936.

En Amérique du Sud, en Asie et en Afrique, se produit la « crise des produits de dessert » liée à la forte baisse du pouvoir d'achat en Europe et en Amérique du Nord. Au Brésil, pour limiter les transports d'invendus et maintenir les cours, du café est brûlé dans les locomotives. Si le monde occidental entier est touché, l'Union soviétique de Staline, reste à l'écart de la crise en raison de son système économique autarcique et de la non-convertibilité du rouble.

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